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Le marché s'est retourné. Vos repères aussi.
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Le marché s'est retourné. Vos repères aussi.

Andreas Gauthier··6 min de lecture

Le marché s'est retourné. Vos repères aussi.

Le retournement du marché immobilier n'a pas impacté tout le monde pareil. Pas les mêmes zones, pas les mêmes surfaces, pas au même moment. Et la plupart des marchands de biens continuent de travailler avec des convictions qui datent d'avant la baisse.

C'est comme ça qu'on se retrouve avec des opérations qui traînent, des prix revus à la baisse et des marges qui fondent. Pas parce que le marchand est mauvais. Parce que le marché qu'il croit connaître n'existe plus.

Le retournement n'est pas uniforme

Quand on parle de retournement du marché, on imagine une vague qui descend partout, en même temps, de la même façon. C'est faux.

La baisse n'a pas commencé partout au même moment. Certaines zones ont décroché dès 2022. D'autres fin 2023. D'autres tiennent encore. Et surtout, elle n'a pas touché les mêmes biens de la même manière au même endroit.

Certaines opérations qui marchaient très bien avant le retournement ne marchent plus du tout. D'autres qui n'étaient pas rentables le sont devenues. Mais si vous ne le mesurez pas, vous ne le voyez pas. Vous continuez avec vos anciens repères, et vos anciens repères vous mentent.

Ce qu'on a trouvé en analysant les données

On ne parle pas de théorie. On a fait le travail.

Pour un client marchand de biens en Île-de-France, on a mené une vraie étude en interne. Un data scientist, des données de transactions réelles, une analyse fine de l'impact du retournement de marché par zone et par classe de surface.

Ce qu'on a trouvé, c'est que tous les cas de figure existent. Littéralement tous.

Des quartiers où les petites surfaces valent plus cher qu'avant le début de la baisse. Des quartiers où elles valent moins. Des quartiers où les grandes surfaces ont pris de la valeur. D'autres où elles en ont perdu. Et dans une même zone, les petites et les grandes surfaces n'ont pas été impactées de la même façon. Parfois dans des directions opposées.

Prenez deux quartiers voisins dans le 93. Sur l'un, les T2 ont perdu 8 % en deux ans. Sur l'autre, ils ont pris 3 %. Même département, même bassin de vie, résultats inverses. Et sur les T4, c'est encore une autre histoire.

C'est le contraire d'une tendance nationale lisible. C'est du cas par cas. Quartier par quartier. Surface par surface. Cible par cible. Et c'est totalement impossible à lire au feeling, même avec 20 ans d'expérience sur le terrain.

Les méthodes classiques sont mortes

Avant le retournement, vous pouviez vous tromper un peu sur votre prix de sortie. Le marché montait, il rattrapait l'erreur. Vous priciez 5 % trop haut, le marché venait vous chercher en quelques mois. Ce filet de sécurité n'existe plus.

Et les outils que la plupart des marchands utilisent pour estimer leur sortie n'ont pas suivi.

Le prix au m² moyen du quartier, c'est trop grossier. Deux rues d'écart, c'est parfois 15 % de différence. Dans un marché fragmenté, une moyenne ne veut rien dire.

L'estimation de l'agent, elle est basée sur son stock et son expérience. On l'a dit dans un article précédent : un agent sur son meilleur quartier, il a vu 10 % des transactions réelles. Et ses repères datent d'avant le retournement. Il vous donne un prix qui reflète le marché qu'il a connu, pas le marché actuel.

Les comparables sur les portails, c'est encore pire. Ce sont des prix affichés, pas des prix signés. L'écart entre les deux n'a jamais été aussi grand. Un bien affiché à 5 500 €/m² qui se signe à 4 800 €/m², ça fausse tout votre calcul de marge.

Et ChatGPT ? Ça vous dit que "le marché est en baisse en Île-de-France". Merci. Mais ça ne vous dit pas si votre T2 dans tel quartier du 93 vaut plus ou moins qu'il y a 18 mois. Parce que la réponse dépend du quartier, de la surface et de la cible. Et ça, un modèle généraliste ne le sait pas.

Pricer une sortie, c'est pricer une cible dans un marché mouvant

Retour au raisonnement qu'on a posé dans l'article précédent. Votre prix de sortie, ce n'est pas "le prix du marché". C'est le prix que votre cible à vous est prête à payer, dans cette zone précise, pour cette surface précise, maintenant.

Un T2 rénové pour investisseur locatif ne se price pas comme un T3 familial dans la même rue. C'était déjà vrai avant. Mais depuis le retournement, l'écart entre les deux a pu s'inverser. Des zones où l'investisseur locatif payait plus cher que la famille, c'est maintenant l'inverse. Et inversement ailleurs.

Si vous ne savez pas exactement comment votre cible se comporte dans votre zone en ce moment, vous pricez à l'aveugle. Et pricer à l'aveugle dans un marché qui ne ressemble plus à ce qu'il était, c'est le meilleur moyen de fabriquer une opération qui perd de l'argent.

Le coût du temps

C'est le sujet que beaucoup de marchands sous-estiment. Ou plutôt qu'ils estiment mal, parce qu'ils ne le calculent pas vraiment.

Un bien pricé 5 % trop haut, ça ne veut pas juste dire "on baissera si ça ne part pas". Ça veut dire des mois de financement qui courent. Des charges de copro. De l'assurance. De la taxe foncière. Des intérêts sur votre emprunt. Et pendant que ce bien ne se vend pas, votre trésorerie est bloquée, vous ne pouvez pas enchaîner sur l'opé suivante.

Un bien pricé juste qui part en 3 semaines, même avec une marge brute légèrement inférieure, peut être plus rentable qu'un bien pricé trop haut qui met 4 mois à se vendre après deux baisses de prix.

La vitesse de sortie, c'est pas un bonus. C'est la variable qui fait ou défait l'opération. Et la vitesse de sortie dépend d'une seule chose : est-ce que votre prix est le bon, pour la bonne cible, dans la bonne zone, au bon moment.

Sans data, c'est un pari. Avec, c'est un calcul.

Le marché est devenu illisible. Pas pour tout le monde.

La vérité c'est que le retournement a rendu le marché plus difficile pour les marchands qui travaillent au feeling, et plus facile pour ceux qui travaillent avec de la donnée.

Quand tout monte, tout le monde gagne. Le feeling suffit. Quand le marché se fragmente, que chaque zone se comporte différemment, que chaque classe de surface raconte une histoire différente, le feeling ne suffit plus. Il faut des données granulaires, à jour, analysées proprement.

C'est exactement ce qu'on fait chez Immonator. Pour chaque zone, chaque marchand, on fait une vraie étape de consulting. Pas un dashboard générique. Pas une estimation automatique. Un travail de data scientist sur vos zones, vos cibles, vos classes de surface. Pour que quand vous achetez, vous sachiez déjà exactement à combien et en combien de temps vous allez vendre.

À bas le feeling. Vive la donnée.

Le marché ne pardonne plus les approximations. Les marchands qui le comprennent font des marges. Les autres financent les leurs.

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